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Chedly Ayari, la BCT à quel prix ?

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Publié le 26/07/2012

 

J’ai toujours pensé que certains hommes politiques ont l’art de rater leur ultime sortie, non parce qu’ils acceptent de s’adapter aux situations changeantes et aux conjonctures incertaines, mais parce qu’ils ne savent pas se justifier pour le faire.

D’ailleurs, les premières semaines du changement du 14 janvier 2011, comme tout le monde, j’ai vu défiler plusieurs anciennes personnalités politiques des temps anciens venus traîner leurs souvenirs comme un linge sale à nettoyer à sec, se laissant aller parfois à des flagorneries ridicules et à des effronteries humiliantes. Je n’y peux rien : c’est ainsi que je les ai vus car je suis de ceux qui pensent que quelqu’un qui ne sait pas s’assumer est très peu digne de confiance. Cependant, de fait, chacun est libre de faire ce qu’il veut de sa vie… et de sa mort peut-être !

Je me souviens avoir retenu deux positions franchement honnêtes, dans ces jours de grande confusion : l’une assez nuancée pour une personnalité politique charismatique, celle de Béji Caïd Essebsi, et l’autre très digne, à l’image de l’homme de culture qui l’a prise, M. Habib Boularès, Dieu lui prodigue son assistance en ces moments où l’on a assez de difficultés à gérer sa santé. Ces deux hommes ont déclaré avoir travaillé sous les « anciens régimes », avec la conviction de servir le pays et de se rendre utiles pour leurs concitoyens. Leur choix était assumé en tant que tel, il était préférable, pour eux, à une inertie passive et non productive qui se contentait d’attendre que le Ciel puisse changer les choses. Ils disaient surtout que l’Histoire seule pourrait juger, bien plus tard, des bienfaits et des méfaits de chacun ; car à présent, l’Histoire ne faisant que se constituer, elle ne peut pas juger.

Malheureusement, des gens se sont pressés de se juger eux-mêmes – de se discréditer surtout – pour être dans le vent et pour espérer bénéficier de la force du vent. Je tiens M. Chedly Ayari de ceux-ci, malgré tout le respect que j’avais pour ses compétences, car, devant l’Assemblée constituante, je l’ai senti prêt à tout pour se vendre, au prix d’un titre qui finira peut-être sans attributions ni prérogatives, juste de quoi se laisser conduire comme un robot, celui de conservateur de la Banque Centrale de Tunisie.

Je comprends que Chedly Ayari cherche à défendre son image devant l’assemblée, mais loin de moi de l’imaginer le faire comme il l’a fait.

Pour justifier son appartenance au RCD, il évoque sa présence dans des meetings au côté de Mohammed Harmel. Et alors, nous avons tous été communistes à un moment ou à un autre de notre parcours, surtout à l’Université ! Certains, rares, le sont restés ; d’autres ont changé d’engagement en fonction de ce qu’il croyaient bon, n’est-ce pas ce qu’il y a de plus naturel ?

Pourquoi ne pas avoir le courage de dire tout simplement qu’il est permis à toute personne d’appartenir à n’importe quel parti sur la scène politique, car c’est un droit international reconnu à tout être humain majeur et jouissant de ses droits civiques, ses droits citoyens, et que, de ce fait, il était normal, par devoir et discipline militants de soutenir les choix politiques de son parti, tant que ces choix étaient adoptés par la majorité (ou ce qu’on prenait pour la majorité). N’est-ce pas ce qui se passe actuellement dans tous les partis qui nous entourent ? Parfois, on y voit des aberrations et des acrobaties dignes de tous les RCD du monde ; mais personne ne s’en inquiète plus. Parce qu’effectivement, un parti politique est fondé sur des textes de référence et une organisation interne ne contredisant les textes généraux en vigueur et la liberté est laissée à chaque citoyen d’y adhérer ou non, chacun pour ses raisons et pour ses propres motivations. Tout ce qui se dit d’autre est pure démagogie, de plus en plus dominante, conquérante et bientôt répressive, dans le silence absolu sur cette question, de la part d’une société civile dite des droits de l’homme.

N’est-ce pas cela le vrai côté des choses M. Ayari, tout le reste en découlant logiquement : quelle importance, après, si vous aviez écrit trois pages d’un livre ou tout le livre ? Si vous étiez dans la Chambre des conseillers pour représenter les compétences nationales ou une quelconque structure politique ou civile, d’autant plus que la première était la seule représentation désignée par la présidence et non acquise par l’effet d’élections sectorielles ?

A mon sens, vous auriez dit : « Voilà ce que j’étais et je l’étais par conviction et par la volonté de me rendre utile à mon pays, convaincu que le modèle de développement en place était fiable malgré certaines insuffisances dont aucun modèle ne saurait échapper (D’ailleurs la plupart des organismes internationaux le soulignaient). Qu’il y ait eu à la tête de l’Etat des personnes dont on découvre, désormais au grand jour, des défaillances qui n’avaient été estimées à leur juste valeur dans le temps, j’en conviens ; mais je ne m’en considère pas trop complice au vu des vraies raisons qui me faisaient agir dans ce cadre. Aujourd’hui que mon pays a besoin de moi, je réponds encore à l’appel parce que je crois que le mécanisme en place peut être fiable et que je peux m’y rendre utile. » Voilà !

Monsieur le Gouverneur, votre nomination ne vous autorise pas, et d’ailleurs elle ne vous demandait pas, non plus, de vous départir d’un passé qui est en vous – qui est une part de vous-même. Vous n’alliez pas vous mettre à ôter votre nez de votre visage (Et pourtant vous l’avez fait, de l’avis de tous !) ? Le nez, vous savez Monsieur, c’est le « nif » chez les Arabes et cela s’appelle « l’honneur ».

En définitive, plus je réfléchis et j’observe, plus des indices s’obstinent à me convaincre, contre une certaine raison en vogue ces derniers temps, que les seules personnalités politiques vieillissantes (de plus de 75 ans) qui gardent assez de lucidité, de clairvoyance et de « nif » pour leurs derniers jours, ce sont deux frères, aujourd’hui ennemis et peut-être seulement deux frères pour demain : je veux parler de Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi !

On trouvera peut-être cette affirmation aberrante, elle aussi ! Mais il ne me paraît pas inutile de sincèrement y réfléchir et de profondément la cogiter.

Mansour M'henni
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